Être Artiste : c'est s'abstraire
Le visage même de l'artiste dans son travail dérange - et l'on stigmatisera beaucoup moins le visage normalisé du Commercial habitué à sa trace de coke que le Musicien avec sa Rituel 9 dans le nez !
Lorsqu'une situation est liée à l'Artiste, cela crée immédiatement le fantasme et l'on s'imagine toutes sortes d'excès ou de fantaisies - on Voyage quelque part, refusant de croire que la substance la plus inhabituelle de l'Artiste se trouve en lui dès sa naissance.
En Vérité ce n'est pas le Visage ou la consommation de l'Artiste qui dérange : c'est sa Liberté. Curieux non ?
Quand on publie depuis quelques années, mais surtout que l'on a ce feu qui brûle dans nos veines - la Créativité - comme besoin Vital et non-complaisant, mais cathartique, notre vie prend un virage différent de celui de la majorité.
Il y a bien sûr ce nouveau contact avec le monde que l'on créé, le monde invisible ou imaginaire, spirituel parfois, que beaucoup craignent et à raison - une peur que nous ignorons : celle de se perdre dans l'Espace mental que l'on s'autorise, dans le monde de la Pensée abstraite, tout comme l'idée qu'ouvrir les Yeux une fois sur Soi et sur le Monde, ce qui revient à ne plus jamais les fermer...
Autant d'éléments qui font qu'au fur et à mesure de notre développement psychique - de par la place qu'y occupe l'imaginaire - nous nous éloignons de ce que je pourrais appeler une forme de "Réalité Commune" celle que l'on appelle "Bon Sens" ou "Terre à Terre" à tort selon moi, car la Quantique en dit bien plus sur la Vérité du monde que les Mathématiques...
Il y a en nous ce feu qui brûle et donne cet élan, celui qui fait qu'on quitte le sol pour devenir une chanson ou une idée... et de plus en plus, notre regard et surtout celui des gens qui nous croisent évolue : admiratifs ou envieux, il se transforme progressivement en rejet, non-pas spécifiquement esthétique - la plupart des artistes étant plutôt atrayants (rire) - mais un rejet de la réalité de l'Homme qui porte l'idée : cet Homme souvent tranchant ou excessif, provoquant à repousser les Limites Communes : car c'est cela le geste artistique incarné - un Courage souvent trouvant sa source dans une Personnalité capable de Choix Esthétiques Radicaux, tout du moins, jamais tentés, jamais admis, sans imitation aucune - c'est la définition même de l'Exploration Esthétique Originale
Ce qui n'existe pas encore ou diffère de ce que l'on a déjà vu ou entendu, à la manière des annimaux, nous le craignons : c'est biologique
Cet être réel, petit à petit, on préfère l'entendre dans une chanson, le percevoir dans sa peinture ou le lire dans ses livres... C'est plus simple que d'aimer sa globalité.
Je suis loin d'être le seul artiste acariâtre pour nombre des proches le considérant comme "Hors système" - mais c'est un peu le principe de la posture ! Provoquer la Réflexion souvent en dérangeant les "bonne mœurs".
Ça me rapelle cette femme - je ne publiais pas encore à 17ans quand j'avais commencé un job - qui m'avait prévenu, sans même me connaître, de façon presque incantatoire :
"Pour vous ça va être difficile dans la société, les gens seront jaloux"
"De quoi madame ? Je suis un jeune intérimaire pauvre, sans expérience ..."
La collègue m'a regardé et désigné de haut en bas : "de Ça" ...
Cette scène me revient parfois, notamment lors de mes interventions dans les Entreprises où je fini toujours par être "trop" quelque chose : trop gentil avec les patients dans les hôpitaux, trop investi avec les élèves, trop prométhéen dans mon approche en Communication...
Finalement cela se termine systématiquement par une attaque ad-hominem sur mon style, mon mode de vie, ma Liberté finalement ! Cela en dit long sur ce que dégage la Personnalité de l'Artiste - au-delà de ses Œuvres : un Être qui dérange la société, et le Commun
Pour avoir, à de multiples reprises, frôlé l'Abstraction Radicale - celle qui nous attend tous - je peux dire avec certitude que j'aime la réalité de la vie humaine, entourée de si peu de proches en qui je voue une confiance radicale elle aussi.
J'ai expliqué récemment, dans la forme de repli quasi-monastique que je vis, que pour continuer à Aimer l'Humain il est parfois nécessaire de s'en éloigner, la grandeur humaine disparaissant avec la misère et les tensions mécaniques du système actuel. Et avec les souffrances, vient malheureusement l'Animosité entre les Êtres... celle-ci qui les éloigne même lorsqu'ils s'aiment
Alors, et c'est la trajectoire de beaucoup d'artistes, on devient progressivement une idée abstraite, un souvenir beau et triste à la fois pour ceux qui, incapables d'accepter notre réalité, trouvent finalement ce réconfort dans les mondes esthétisés que l'on crée afin de rendre notre geste - miroir d'un monde dur - plus acceptable à force de passerelles imaginaires ...
Finalement c'est cela être artiste : accepter de devenir une idée, d'être aimé pour notre message tout en étant souvent haï pour ce que nous sommes réellement : des êtres hors - cadre, hors - système, soi-disant "privilégiés" ou "fainéants" qui jamais ne lisseront les messages pour les rendre politiquement correct mais simplement, par le geste Esthétique, tenteront d'éveiller en douceur à ce qui nous ronge dans notre perception du monde.